1ers chapitres Sophie - une belisama

 

2 Rencontre avec Marie

 

De retour chez moi, au quatrième étage d’un bel immeuble, je lance un air de jazz sur le tourne-disque et me laisse tomber sur mon canapé. L’appartement qui autrefois appartenait à mes parents est plus luxueux que la plupart des autres logements, mais mon père était un homme aisé qui aimait les belles choses. Nous étions relativement proche lui et moi, jusqu’à ce que la guerre ne me l’arrache. Sa fortune m’est revenue grâce à son testament. J’ai commencé à refaire la décoration, dans un style Art déco plus à la mode.

Je commence à me détendre doucement, mais le contrecoup fait surface et je sanglote malgré moi, avant de totalement me mettre à pleurer. Je ne sais pas ce qu’il me passe par la tête, c’est à se demander si je suis normale parfois. Je ne pense qu’à rentrer chez moi et mettre de la musique alors que j’aurais dû aller porter plainte après cette agression. Cependant je n’arrive toujours pas à comprendre ce qu’il s’est passé, et maintenant le soleil brille de nouveau.

Des coups frappés à ma porte me surprennent et je me redresse d’un bond dans mon canapé. Je n’attends aucun invité. Je suis toujours sur mes gardes lorsque quelqu’un débarque chez moi à l’improviste, car malgré mon assurance, je reste une femme seule, et on ne sait jamais ce qui peut arriver.. Je me dirige donc vers l’entrée pour vérifier l’identité de mon visiteur à travers le judas. C’est une femme que je ne connais pas. Elle porte une paire de lunettes de soleil assortie à un foulard entrelacé dans ses cheveux clairs.

— Qui êtes-vous ? dis-je au travers de la porte toujours close.

— Je m’appelle Marie. Je voudrais vous parler, annonce-t-elle.

— Que voulez-vous ?

— Voudriez-vous me laisser entrer que je puisse vous expliquer ?

— Non, je préfère que vous m’expliquiez d’abord pourquoi vous voulez me voir. Êtes-vous seule ?

— Je suis seule, oui. Laissez-moi entrer, Sophie, où je forcerai le passage ! Je n’aime pas être à découvert.

Mais qu’est ce que cette femme me raconte ? Je n’y comprends rien. De plus, elle commence à m’inquiéter, comment est-elle au courant de mon prénom ou encore de mon adresse ?

— Avez-vous des ennuis ? demandé-je étonnée.

— Plus ou moins, marmonne-t-elle. Je peux entrer ?

— Je ne sais pas. Je n’ai pas vraiment envie que vous les ameniez chez moi. Je n’en ai pas besoin, vous savez.

— Bon, je rentre ! dit-elle avec une détermination qui ne laisse aucun choix possible.

Je recul en surveillant toujours le huis, la femme ne semble pas bouger, plus aucun son ne filtre à travers l’entrée toujours close, et pourtant, la serrure grince devant moi. La poignée tourne sous mes yeux impressionnés et effrayés, puis la porte finit par s’ouvrir toute seule pour dévoiler la fameuse Marie qui m’adresse un large sourire avant de passer devant moi pour s’engouffrer dans mon appartement avant de refermer l’entrée avec précaution.

— Comment… comment avez-vous fait cela ?

— Comment avez-vous déclenché un orage ?

Un hoquet de stupeur m’échappe.

— Je vous demande pardon ?

Marie m’adresse un sourire en coin tout en faisant le tour du salon, puis s’installe sur le canapé comme l’aurait fait une amie de longue date. Pour ma part, je m’interroge.

— Marie, voulez-vous m’expliquer ce que vous attendez de moi ?

— Bien-sûr. Prenons le temps. Je pense que tu ne comptais pas ressortir après la mort que tu as provoquée cet après-midi, n’est-ce pas ? D’autant que tu l’as laissé le long du trottoir avant de t’enfuir.

Oh, mon dieu ! Cette inconnue m’a surprise laissant cet homme pour mort. Et si elle n’était pas la seule, combien de personnes ont pu être témoins de ce phénomène que je ne m’explique toujours pas ?

— Vous m’avez vu ?

— Je te surveille depuis peu, m’apprend-elle. Oui, j’ai vu ce que tu as fait à cet homme. Bon, entendons-nous, je ne le regrette pas, il avait visiblement l’intention de te faire du mal, à sa façon d’agir, ce n’était sans doute pas son coup d’essai, simplement tu aurais pu appeler une ambulance, ou bien le cacher. Passons, je ne suis pas ici pour cet idiot.

— Pourquoi me suivez-vous ?

— Nous allons passer, au tu, entendu ?

Je n’en ai pas envie, mais après ce que je viens de la voir faire, je ne veux pas la mettre en colère, qui sait de quoi elle est capable…

— Bien, dis-je, résignée.  

— Comme tu l’as vu, je suis une sorcière. Et toi, tu n’es pas en reste. J’ai ressenti il y a un petit moment un flux magique qui commençait à s’éveiller, et cela m’a menée jusqu’à toi, Sophie. Les sorcières ressentent la magie des belisamas, vous vous faites rares. Imagine, une seule d’entre vous naît toutes quatre ou cinq générations ! Voir plus parfois.

Mais qu’est-ce que cette femme raconte ? Il est vrai que j’ai laissé mon agresseur mourir sans agir, mais pour ce qui est du reste, je n’y suis pour rien.

— Sophie ? Tu ne dis rien.

— Que veux-tu que je dise ?

Au diable le vouvoiement, mais elle ne s’en offusque pas.

— Je ne sais pas. Tu devrais te poser des questions, non ?

— En effet, approuvé-je. Je me demande si tu as bu ?

Elle se met à rire fort avant de se tenir le ventre.

— Non, pas du tout, mais si tu veux m’offrir à boire, je ne dis pas non, rit-elle.

Elle ne s’embête pas celle-là ! Vas-y fait comme chez toi surtout, je peste intérieurement.

— D’accord, dis-je, agacée.

Je m’en vais dans la cuisine avant de revenir avec deux tasses remplies d’un café fumant. Je ne sais pas si ça lui ira, mais elle devra faire avec cela. Je devrais tout faire pour essayer de la mettre à la porte de chez moi, mais malgré mes craintes, ma curiosité prend le dessus et j’ai envie de savoir où toute cette histoire va nous mener. Attention, je ne dis pas que je vais donner ma confiance à cette femme, non, mais j’ai hâte de connaître les détails sur le don que je semble posséder selon ses dires. S’il existe bien sûr.