1ers chapitres Belisama -Origines

 

3 Quelque jours plus tard. 
 

Depuis l’intrusion de Marie dans ma vie, je suis peu sortie de chez moi, trop occupée à passer en revue l’histoire des Belisamas. Elle est longue et complexe, en plus d’être très secrète. Trop peu de personnes vivantes peuvent se vanter d’en avoir connu. Ces femmes, qui n’existeraient que dans ma famille depuis la nuit des temps, se révèlent être plus une légende qu’un fait réel, car outre le flux magique que je possède, aucun pouvoir ne se manifeste chez moi. En tout cas, pas volontairement.

Parfois le matin, depuis que Marie est arrivée et s’est installée comme si de rien n’étais chez moi, je me réveille avec une sensation étrange et un mot qui flotte dans mon esprit sans cesse.

ALMEDA.
Cela sonne en moi comme une caresse, un mot doux que l’on me souffle avec douceur. Je suis bien incapable de savoir ce qu’il veut dire, sûrement vient-il d’une langue étrangère, et ce matin, pour la première fois, je décide d’en parler avec la sorcière.

— Sais-tu ce que veut dire « almeda » ?

— Absolument pas. Où l’as-tu entendu ?  

Ses sourcils se froncent, alors que je prends quelques secondes pour lui répondre.

— Nulle part, finis-je par dire. Ce mot tourne dans ma tête à chacun de mes réveils depuis que tu t’es imposée chez moi.

— Vraiment ?

Je laisse cette question sans réponse. Évidemment que oui. Je ne sais pas pourquoi, mais Marie a le don de m’agacer en un rien de temps. Mon instinct me hurle qu’elle me cache quelque chose.

— Rêves-tu ? Fini t-elle par lâcher.

— Comment ça ? Oui, comme tout le monde, je crois.

La sorcière lève les yeux au ciel en soupirant d’agacement devant mon manque d’éloquence.

— Non, je veux dire, rêves-tu de l’avenir ? Y a-t-il un songe qui revient continuellement ?

— Non, je ne pense pas.

— Je vais y remédier.

Elle est vraiment sérieuse ? Mon instinct me pousse à la confiance, mais…

— Comment ? Demandé-je.

Elle me fait peur tout à coup. Que veut-elle me faire exactement ? Car je n’oublie pas ce qu’elle est et encore moins, la façon dont elle a pu me menacer en entrant sans permission dans mon domicile.

— Je vais te préparer quelque chose à boire, m’explique-t-elle. Tu l’avaleras avant chaque coucher. Si cela fonctionne, tu devrais faire des rêves, souvent les mêmes, mais ils devraient te montrer l’avenir. Mais surtout, n’en parle à personne !

Marie me jette un regard moqueur tout en laissant échapper un léger ricanement.

— À qui veux-tu que j’en parle ? Je lui réponds d’un air blasé.

— Eh bien, comme je viens de te le dire, personne serait une bonne option !

Je préfère éviter le sujet et tente de repousser l’instant où je devrais en prendre pleinement conscience.

— Pourquoi est-ce que tu es seule, Marie ?

— Je ne suis pas seule.

— Bien sûr que si ! Ne me raconte pas d’histoire.

— Nous restons généralement entre sorciers et sorcières, consent-elle à m’apprendre. Nous ne fréquentons pas les humains pour des raisons simples et évidentes. Et parfois, les choses se compliquent. Comme pour moi.

— Que s’est-il passé ? Demandé-je, curieuse.

— Je fréquentais un homme. Charmant, envoûtant, il était plutôt riche. Il m’a séduite rapidement et était tout à fait délicieux au début, et puis il a commencé à avoir la main lourde de magie contre moi. Je sais me défendre, je fais partie d’une famille très puissante en termes de pouvoirs, mais il était difficile de résister à ses assauts, même pour moi.

Marie semble se perdre dans ses souvenirs un instant, quelques secondes tout au plus.

— J’ai fini par me tourner vers de vieux grimoires interdits, jusqu’à les apprendre par cœur pour me défendre. Je suis devenue encore plus puissante, mais j’utilise une magie vieille et interdite depuis des générations.

La magie noire, pensé-je en me crispant à cette énonciation.

— Es-tu mauvaise ?

Mon interlocutrice semble chercher ses mots.

— Hum, je ne crois pas, finit-elle par me répondre. Je ne vais pas te mentir, j’utilise la magie noire. C’est une magie riche et complexe que plus personne n’utilise, et il faudrait être fou aujourd’hui pour vouloir me vaincre, mais je ne te veux aucun mal, Sophie. Je ne suis pas ton ennemie. J’ai souvent rêvé de toi, je dois t’aider, c’est mon but. Alors, lorsque ton flux s’est enfin activé, j’ai sauté sur l’occasion pour te retrouver. Tu n’as pas à t’inquiéter de moi, je ne ferais que t’apporter mon aide.

Marie, me fait un peu peur. Et bien qu’elle me répète inlassablement ne rien vouloir de moi à part m’apporter son aide, quelque chose chez elle me terrorise. Et c’est avec un moral au plus bas, que je vais me coucher ce soir-là, la peur au ventre en avalant sa mixture infecte.