Chapitres gratuits Almeda - Un combat pour la vie.

Mis à jour : 11 sept. 2019


Ne pouvant mettre les premiers sans spoiler, je vous offre le prologue, et quelques chapitres se trouvant plus loin dans le roman. Bonne lecture.

Prologue

On aurait dit un vieux rituel dans une vieille oubliette. Des murs de pierre vieux et usés, ainsi qu’un plafond bas dont les gouttes d’humidité tombent au sol. Sombre et lugubre.

Une énergie négative vit en ce lieu. De la magie noire a été pratiquée. Je la sens que trop bien. Je suis poussée vers l’avant. Chapitre 11.

Le lac noir.

Tous mes alliés se jettent à l’eau sans hésitation. Pour ma part, je reste près du bord. J’observe les environs, prête à donner l’alerte. Soudain, un elfe disparaît sous l’eau, puis un second. Vient le tour d’une aziza et d’une margot. Je hurle aux autres de sortir et tous déguerpissent sans attendre. Que se passe-t-il encore ?

Des bulles remontent à la surface, preuve qu’ils coulent ou bien qu’on les coule. Après tout, je ne sais pas ce qu’il y a là-dedans. Je l’avais senti que ce lac était étrange, mais personne ne m’a écoutée et voilà que quatre de mes amis vont disparaître.

Je suis tétanisée par la peur. D’ordinaire, j’aurais plongé pour les aider, pour les ramener sur la terre ferme. Mais là, tous mes muscles sont contractés et je ne peux plus bouger. Je reste là, à regarder les bulles remonter. La peur de ce qui peut se cacher sous cette eau sombre me glace le sang. Les cris des survivants viennent ricocher dans mon cerveau. Ce dernier tourne au ralenti. Plus une bulle ne remonte. C’est fini. Je les ai abandonnés.

Les algues se mettent à remuer, une main étrange sort de l’eau. Celle-ci est blanche d’une pâleur surnaturelle. Les doigts de cette main sont palmés. Le reste du bras sort lentement, tandis qu’une seconde main vient prendre appui sur le rebord.

Les algues se soulèvent, révélant sa vraie nature. Une touffe de cheveux. Un front sort de l’eau, puis le visage finit par se dévoiler complètement. Le visage d’un homme. Ses cheveux sont d’une longueur pouvant défier n’importe quelle femme de mon monde. Sa barbe, aussi longue que ses cheveux, donne un air encore plus lugubre à ce personnage. Sa peau trop pâle me dérange, tout comme ses yeux d’un blanc laiteux. Ses paupières et sa bouche sont d’un noir d’encre, tel un gothique fraîchement maquillé. Son torse musclé sort de l’eau, laissant découvrir des abdos trop musclés dignes d’un mec ayant abusé du body-building. Cette chose, qui ne peut être un homme comme je les connais, finit par sortir complètement nu de l’eau, tandis que mon armée et moi-même avons reculé d’au moins dix mètres. Le personnage porte la même peau reliant ses doigts sur ses pieds. Il manque à cette chose ses attributs d’homme, et il porte une queue assez longue me confirmant que cette créature a tout pour vivre dans cet étrange lac. Un second personnage commence à sortir à son tour. Et c’est une grosse dizaine d’hommes du lac qui sortent des eaux.

Paniquée, la moitié de notre armée s’en va en courant. Paniquée, je le suis aussi en voyant le peu que nous sommes pour échapper à cette chose aquatique. Prendre la fuite et courir jusqu’à la nouvelle porte ? Laisser les corps dans ce lac noir et effrayant ? Impossible. J’ai déjà été assez lâche pour ne pas les sauver, je ne vais pas en plus les laisser là.

J’actionne mon armure en mode renforcé et me prépare psychologiquement à cette attaque. Le peu de braves qui se battront à mes côtés reste néanmoins en léger retrait. Puis-je leur en vouloir ? Après tout, la peur est et demeure quelque chose d’aussi irrationnelle que compliquée. Elle est dure à maîtriser et je leur suis déjà reconnaissante de ne pas être partis avec les autres.

Je reste donc seule devant, à étudier comment nous allons faire pour nous sortir de ce pétrin. Je ne connais rien de cette créature, pas plus ses points faibles, que ses points forts. Et je n’ose imaginer ce que celle-ci est capable de faire.

Ils sont maintenant une bonne vingtaine à avoir émergé de l’eau. Tous se ressemblent, même regard laiteux, même chevelure trop longue et poisseuse. Une odeur un peu trop présente de vase et de mare sale flotte dans l’air. L’ennemi approche lentement et garde sa trajectoire vers nous.

Vite, un peu d’imagination Almeda ! J’essaie de me booster pour trouver une idée de génie. Mais je sèche sur le sujet imposé. Un mal de crâne vient perturber mes pensées, ce n’est vraiment pas le bon moment.

Un grincement envahit mon audition, puis une voix.

~Almeda.

Silence, je deviens folle.

~Almeda ? Réponds-moi.

Nouveau silence. Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?

~Almeda. C’est Abelle. Réponds-moi.

Ah, encore elle ! Toujours dans les moments les plus critiques. À croire qu’elle le fait exprès !

~Abelle ! Lâchez-moi. Oui, je suis vivante, mais plus pour très longtemps si vous vous incrustez dans ma tête en plein milieu d’un combat ! Maintenant, sortez de ma tête !

Mes oreilles se réadaptent à l’ambiance de cascade, de la brise d’air et des autres bruits environnants. L’ennemi, lui, a profité de ce moment pour se rapprocher un peu plus. L’une des créatures ouvre la bouche, laissant ainsi découvrir des dents noires et pourries. On dirait la dentition d’un lutin maléfique. À en croire par la couleur et l’aspect, je suis prête à parier que celui-ci doit avoir une haleine de chacal.

Je fais signe au reste de mon équipe de ne pas bouger, tandis que je pars en courant le long du lac noir. Je mets un peu de distance entre les créatures et moi. Arrivée à cent mètres, je plonge mes mains dans l’eau fraîche du lac. J’attrape une plante aquatique qui flottait non loin de moi et vérifie que c’en est bien une. Le coup d’électricité passe entre la plante et moi. Celle-ci s’anime et file droit sur les créatures aux corps étranges. Je la vois zigzaguer entre les monstres et finir sa course à hauteur de celui se trouvant le plus près de ma troupe.

D’un geste plein de dextérité, celle-ci l’empoigne et le fait voler au-dessus des autres. Il finit sa course en s’écrasant dans l’eau par un beau plat. L’opération se révèle être une réussite. Je recommence ainsi plusieurs fois, aidée par la plante qui ne faiblit pas. Grâce à cette manœuvre, on va pouvoir gagner un temps précieux, pour réfléchir à la façon dont on va se débarrasser d’eux.

J’arrive à me déplacer, à retourner près de mes amis, tout en continuant mon petit manège. La journée est bien entamée, le soleil perd en intensité. Je suis aidée par la clarté de la nuit. Ma petite troupe a construit un abri de fortune et nous comptons nous y abriter le temps de la nuit. En espérant qu’il tienne le coup.


12. Sauvés par l’ennemi.

Je suis réveillée à l’aube par des cris de détresse. Alarmée, j’écoute attentivement et finis au bout de quelques longues secondes par reconnaître les voix de nos déserteurs. Je m’active pour remettre quelques créatures loin de nous et cours hors de notre cachette. La terre s’agite dangereusement. Une légère panique passe sur le visage de ceux qui émergent d’un sommeil difficile. Rapidement, je me rends compte que les créatures commencent à revenir vers le bord. Il faut réfléchir, et vite. Je grimpe sur un rocher pour me prendre de la hauteur, nos amis courent, chassés par une horde de catoblépas. Ce n’est pas un tremblement de terre. C’est le troupeau qui la fait trembler. Je fais de grands signes vers mon équipe en hurlant pour qu’ils me remarquent. Enfin, l’un d’eux me voit, je lui hurle de venir par ici. Après un grand détour, toujours dans une course folle, ils arrivent vers nous. Je mets à l’abri la petite équipe qui était restée avec moi. J’espère que mon plan va fonctionner, sinon cela sera une boucherie. Les tremblements se rapprochent, ce qui a priori est plutôt bon signe.

–Almeda, Almeda.

–Oui ?

–On fait quoi maintenant ? Ahhhhhh

–Dispersez-vous, vite !

J’espère ainsi que les catoblépas s’en prendront aux monstres du lac, plutôt qu’à nous. En théorie, la rapidité de mon équipe à la course sera un atout majeur pour eux. Aussitôt, tous partent dans des sens différents. Certains catoblépas continuent de les courser, tandis que d’autres foncent sur les monstres aquatiques. Tous ont maintenant compris ma tactique et s’activent pour retourner au bord du lac pour se débarrasser de leurs ennemis à cornes. La machine est lancée et bien rodée. Les catoblépas se chargent de démonter l’armée de monstres du lac noir, à notre place. Nos ennemis finissent par faire de beaux plongeons dans l’eau sombre. Le lac aspire ses habitants si particuliers, tout en rejetant des gerbes d’eau à chaque impact. Plus qu’un. Après deux ou trois tours de piste, le catoblépas lâche enfin Thiban. Ce dernier se grouille pour nous rejoindre. Essoufflé et au bord de la crise de nerfs, celui-ci s’étale à mes pieds. Je me hâte de l’attraper et le prends sur mon dos. Ce n’est pas le moment de traîner ici. Qui sait s’ils ne vont pas revenir à la charge. Pleine d’entrain, je pousse ma petite troupe à avancer. La charge de Thiban me fait ralentir un peu plus, mais je me booste pour ne pas lâcher. Nous devons avancer à tout prix.

Le lac noir n’est plus en vue, les catoblépas non plus. Décidément, l’ennemi est partout et il faudra bien l’admettre difficile à combattre. Néanmoins, les espèces de buffles nous auront bien aidés pour ce coup-là. Mon seul regret, ma seule haine, sera de ne pas avoir récupéré les corps de nos amis. Je me demande encore pourquoi je n’ai pas plongé pour les aider. Serais-je morte noyée avec eux ? Au moins, j’aurais tenté quelque chose, tandis que là…

Nous parcourons quelques kilomètres toujours méfiants, et un œil en arrière. Nous marchons pendant des heures, la fatigue se fait ressentir. La faim et la soif encore plus. Nous avançons dans un désert et je commence à douter de notre survie si nous campons ici. Sans ravitaillement, combien seront capables de reprendre la route plus tard ou même demain ? Je finis par reposer Thiban à terre, pour en aider un autre. Après tout, il a déjà échappé à bon nombre de kilomètres. La nuit tombe dangereusement sur nos têtes et mes jambes commencent à me faire souffrir.

Un paysage se dessine devant mes yeux, un village prend doucement forme. Les hallucinations commencent, il fallait s’y attendre. Je vois mes camarades prendre un peu plus de vitesse. Eux aussi le voient, nous accélérons, heureux. Bien qu’il fasse nuit, les traits des bâtiments ne trompent pas.

Ce dernier nous paraît abandonné. Maintenant sur le qui-vive constant, nous avançons avec méfiance. Ce que nous voyons peut cacher bien des choses. Nous trouvons rapidement une petite fontaine, bien qu’il n’y ait pas de lumière, la lune éclaire assez pour que nous puissions nous orienter. Eau potable ou non n’a aucune importance, nous buvons à grandes gorgées. La cohue commence à se calmer et nous observons les lieux, prêts à visiter le village que nous croyons fantôme. Nous fouinons à la recherche du malin. Après avoir fait une inspection de fond en comble, je désespère. Je sens que nous ne mettrons jamais la main sur ce maudit machin. Et pourtant, il le faut si je veux rentrer chez moi avec Mélanie !

Nous décidons d’aller vers le bâtiment menant au circuit, seul endroit qui a vraiment de l’intérêt en ces lieux. À l’entrée, Lucky m’attend, c’est avec surprise que je m’approche de lui. Celui-ci s’envole sur mon épaule et je l’accueille avec bonheur. Ce petit oiseau me réconforte toujours un peu. J’entre dans la bâtisse, et Lucky prend son envol. Je le suis du regard. La porte est pourtant devant nous, mais ce n’est pas la direction qu’il prend. Je décide de le suivre, accompagnée de ma petite troupe. Après plusieurs couloirs traversés, ainsi que quelques salles, nous arrivons à l’entrée d’un escalier. Nous l’empruntons et montons à l’étage. Un vieux grenier rempli de vieux cartons, quelques malles poussiéreuses et des tableaux cachés sous des draps pleins de poussière qu’ils ont accumulée. Je ne vois pas pourquoi Lucky m’a amenée ici. Il y a forcément une raison, mais laquelle ? Je me surprends à fouiller les grosses malles pour y découvrir des livres, de vieux bibelots entassés et d’autres choses qui n’ont aucune valeur. J’attaque ensuite les cartons. Remuant les objets, faisant voler la poussière un peu partout. Je m’active et chamboule tout le rangement. Au bout du quatrième carton, je me surprends à crier.

–Je l’ai !

Tous me regardent un peu surpris. Genre, mais de quoi elle parle ?

–Oh, je l’ai, j’ai le malin !

–Quoi ? Tu es sûre de toi ?

–Oui, regardez !

La vitesse à laquelle ils déboulent tous me choque. Mais pourquoi est-ce qu’ils n’étaient pas aussi rapides avec les catoblépas ?

Je tends fièrement le malin devant mes amis. Une pierre, parfaitement ronde. Sur laquelle sont gravés les quelques mots que Mélanie m’avait traduits il y a quelques jours, avant de se faire pétrifier par la gorgone.

« Timor vel amor, ut signa portis rescissa. In praeteritum praesens et futurm. » Par crainte ou amour, je scelle les portes et les rouvre. Pour le passé, le présent et l’avenir.

Le signe de l’infini est gravé en son centre, minuscule, mais visible si l’on prend la peine de le voir. La pierre est lisse, d’une couleur noire. La poussière ne l’a pas atteint ni abîmé. Parfait, tel que doit être un objet de cette puissance. Tous la regardent les yeux pleins de joie et d’admiration.



13. La folie italienne

Léo vit un véritable cauchemar auprès de sa jeune mariée Selena. Pas une journée ne se passe, sans qu’elle n’exige un changement dans le chalet, une nouvelle robe à acheter, ou encore une sortie romantique au restaurant. Aujourd’hui, elle n’a pas encore fait de crise grandiose, mais cela ne serait tarder. Léo s’installe devant son PC, vérifie ses mails, regarde les actualités du jour et finit par envoyer un mail à sa mère. Celui-ci lui demande de venir au chalet pour une petite discussion. Il continue de pianoter sur le clavier, quand Selena entre dans le bureau. Cette dernière est vêtue d’un simple peignoir mal serré, sans doute par provocation, car il laisse entrevoir sa poitrine généreuse.

–Léo, miiii amore.

–Que veux-tu, Selena ?

–Je ne veux plus m’occuper des compiti.

–Tu ne t’occupes déjà de pas grand-chose ici, je te signale.

–Tu rigoles, j’espère. Je veux una donna delle pulizie.

–Je ne comprends rien. Arrête avec ton Italien.

–Femme à tout faire !

–Une femme de ménage, tu veux dire ?

Oui, mais aussi pour la cuisine, et tout le reste.

–Selena, arrête tes caprices, tu n’as pas besoin de personnel. Tu n’es pas une duchesse, je te rappelle. Et je ne suis pas riche.

–Ahhhh, je vais être obligée de parler à ton père, Léo !

–Je t’en prie, la sortie est par là. Et s’il te plaît, arrête de hurler, tu me donnes la migraine.

Selena s’en va, hurlant en italien. Léo, lui, continue son travail l’ignorant le plus possible. Une heure plus tard, une voiture se gare devant le chalet. Abelle en sort et entre dans la cuisine où Selena boude encore.

–Bonjour, Selena.

–Hum, bonjour, madame Abelle.

–Madame, c’est bien.

–Oui, madame.

–Que fais-tu dans la cuisine à ne rien faire ?

–Rien justement.

–Serais-tu en train de faire la mauvaise tête ?

–Oui. Léo refuse que j’aie des employés.

–Mais voyons, pour quoi faire ?

–Pour tout. Ménage, cuisine, et compagnie.

–Mais voyons, Selena, tu n’as pas besoin de cela pour un endroit aussi petit, et tu manges tous les midis au restaurant. Allons, sois raisonnable.

–Bien, madame.

–Tiens, prends ma voiture et va rejoindre l’une de tes nombreuses amies. J’ai besoin de voir mon fils seul, veux-tu.

–Oui, madame.

–Bien, à tout à l’heure.

Abelle s’engouffre dans le bureau, Léo se lève pour l’embrasser. Il éteint son ordinateur et accompagne sa mère au salon. Celle-ci s’installe dans le fauteuil en cuir, tandis que Léo s’adosse à la cheminée.

–Alors mon fils, comment vas-tu ?

–Au plus mal. Selena me rend fou. Elle m’épuise, c’est une vraie gamine, mal élevée.

–Là, tu ne m’apprends rien.

–Comment m’en débarrasser ? S’il te plaît, dis-le-moi.

–Et bien, vois-tu, en théorie je n’ai pas vraiment le droit de te dire cela, mais disons que tu pourrais lui offrir un appartement, avec la domestique qu’elle te demande et la laisser vivre là-bas. Mais cela n’est qu’une théorie.

–Pourquoi ?

–Parce qu’il faut encore qu’elle accepte. Et connaissant Selena, elle ne voudra pas te lâcher aussi facilement.

–Je suis maudit. Et Almeda qui ne donne pas de nouvelles.

–Tu sais, mon grand, Almeda est sans doute très occupée. Elle n’a pas une tâche facile. Et puis elle doit être encore très perturbée par ce qu’elle a vécu ici avant de s’abandonner à Clodina. Laisse-lui du temps, même si cela te paraît trop long. Elle n’est pas Selena, tout ne doit pas arriver en claquant des doigts avec elle.

–Je sais, c’est justement une des choses que j’aime chez elle.

–Elle t’aime, ne t’inquiète pas de cela. J’ai vu comme elle s’est battue pour toi à ton mariage... Même si tu ne te souviens de rien. Et puis sa vie a partiellement changé. Je ne sais pas comment elle va réagir à la perte de sa famille, mais il va lui falloir du temps et à toi de la patience. Elle reviendra d’elle-même, crois-moi.

– Merci, tu me rassures. Je vais essayer de m’occuper de Selena tant qu’Almeda n’est pas là.

–Excellente idée, car je ne suis pas sûre qu’elle mette le moindre pied ici si ton hystérique de femme est là.

–J’en doute aussi.

–Allez, je te laisse préparer tout cela. Je vais me préparer un thé en attendant que madame Selena revienne avec ma voiture.

–Tu sais que si elle est partie faire les magasins, elle ne va pas revenir de suite ?

–Oui, je le sais, malheureusement, mais profite de ce temps de calme et de solitude que cela t’offre.

Selena finit par rentrer pour l’heure du dîner. Abelle s’empresse de partir et Léo interpelle la jeune femme.

–Selena, viens me voir s’il te plaît.

–Oui, cher époux, minaude-t-elle.

Léo lève les yeux au ciel avant de reprendre.

–Veux-tu aller dîner au restaurant ce soir ?

–Oh, mais bien sûr. Je vais me changer.

Le poisson a mordu pour le moment, mais la partie n’est pas finie. La jeune femme trottine jusqu’à sa chambre, ouvre son placard et entreprend de tout sortir. Le lit finit par être rempli de vêtements en tous genres et le sol ressemble, à peu de chose près, au même tableau. C’est-à-dire un vrai bordel. Elle se décide enfin et court à la salle de bain, les bras chargés.

–Voilà pourquoi j’ai besoin d’une domestique, Léo.

–Oui, je m’en rends compte. Habille-toi, j’ai réservé pour dans une heure trente.

–Seulement ? Mais j’ai encore beaucoup de choses à faire enfin.

–Eh bien, active-toi.

Elle saute dans la douche et s’empresse de se laver. Une fois terminé, elle s’enroule dans son peignoir, sèche ses cheveux et manque de se vautrer sur le sol après avoir glissé sur une serviette qu’elle avait abandonnée là. Opération maquillage. Elle s’étale une crème sur le visage, puis applique son fond de teint avant de rajouter un blush un peu trop foncé. Elle passe ensuite au barbouillage des yeux. Encore une nouvelle crème, un fard à paupières à paillettes, un coup de crayon noir, et finit par appliquer son mascara. Point trop n’en faut… Mais elle ne s’arrête pas à si peu, il faut encore maquiller ses lèvres. Alléluia, elle opte pour un simple brillant. Elle finit enfin par enfiler sa robe de cocktail mauve, sa paire d’escarpins et au bout d’une heure trente, elle a terminé. Assez vite pour être en retard. Désespéré, Léo l’accompagne jusqu’à la voiture, déjà chaude à force d’attendre. Arrivés sur place et enfin installés, il laisse son épouse commander avant d’entamer la conversation.

–J’ai réfléchi pour les employés que tu me demandes.

–Ah bien. Alors ?

–Que dirais-tu si je t’offrais un appartement avec une femme de compagnie à temps plein, ainsi qu’une femme de ménage ?

–Qu’appelles-tu une femme de compagnie ?

–Eh bien, une personne qui serait là pour, disons, passer derrière toi quand tu vides ton armoire au sol, faire des courses et j’en passe.

–C’est intéressant.

–C’est donc un oui ?

–Non. J’ai dit intéressant.

–Ah. Quelle est la différence ?

–Eh bien, il faut que je réfléchisse.

–Bien, alors, réfléchis.

–Oui, pourrais-je y inviter mes amies ?

–Bien sûr, qui tu voudras, quand tu voudras !

–Combien de pièces ? Y aura-t-il une chambre d’amis ?

–Écoute, Selena, si c’est oui, tu viendras avec moi le choisir cet appartement.

–Bien. Et toi ?

–Comment ça moi ? je reste au chalet.

–Et ton devoir envers moi ?

–Quoi ? Mais

–Non, Léo, je te coupe de suite. Je ne veux pas d’un appartement si ce n’est pour ne plus être avec mon mari.

–Écoute, Selena, je n’ai pas le temps de m’occuper de toi.

–Tu n’en as surtout pas envie.

–Aussi, oui, je l’avoue.

–Bien, d’accord pour l’appartement, mais je veux une somme d’argent tous les mois sur mon compte en banque.

–Quoi ? Pour quoi faire encore ?

–Bah, les sorties. Si tu n’es plus là, tu ne me sortiras plus à l’opéra et autre. Alors je veux un budget pour cela. Et une nouvelle voiture.

–Accordé ! Ensuite, tu me lâches ?

–Oui, peut-être, tu es toujours mon mari.

–OK, Selena, tu as gagné. Va pour un appartement, deux pauvres femmes que je paye d’avance, une nouvelle voiture et, disons, deux cents euros par mois. Je paye les employées moi-même, OK ?

–Vendu !

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