Les premiers chapitres d'Almeda -Belisama.

Mis à jour : 11 sept. 2019

Comme promis, voici en exclusivité sur le site, les premiers chapitres d'Almeda - Belisama. Le tome 1 de ses aventures. Tous droits réservés. Propriété de Cassiopée Sweety (EBG)

Numéro ISBN : 978-2-955-1208-2-8





Prologue

Almeda a 21 ans, elle vit en région Centre dans le département d'Eure-et-Loir. Ses études de sciences sont bientôt terminées et elle travaille aujourd'hui dans une entreprise, non loin de chez elle, pendant les vacances d’été.

Sa vie est calme et classique. Elle va en cours la semaine, et sort le week-end, souvent, à Paris, rejoindre ses amies, faire la fête.

Jusqu'au jour où une rencontre particulière changera sa vie. Almeda est-elle si banale que cela ? Pourrait-elle choisir entre sa raison ou la passion ?

Les personnages, les situations et les lieux de ce roman étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.


1. Simple vie



Je m'appelle Almeda, j'ai 21 ans.

J’habite une petite maison que ma mère a mise à ma disposition afin d’être tranquille, avoir un « chez-moi ». C’est avec l’argent de l’assurance vie de mon pauvre père, que notre mère a décidé de nous aider, mon frère Louis âgé de dix-sept ans et moi, ne gardant pas grand-chose pour elle.

Je suis l'heureuse propriétaire d’une jument nommée Ulina au caractère indomptable. C’est ma mère qui me l'a offerte, il y a maintenant quatre ans. Elle n'avait alors que quelques mois. Je ne suis pas très populaire et n'ai pas beaucoup d'amis, mais ceux que j'ai me suffisent.

D'ailleurs, je dois les rejoindre. Je ferme la maison à clé, je passe donner une caresse à Ulina qui se trouve dans le pré en face de ma maison, monte dans ma nouvelle voiture, et pars pour une heure trente de trajet, direction Paris.

Il y a beaucoup de vent sur la route, je me concentre pour ne pas être déviée par les poids lourds qui circulent encore. Le ciel se couvre dangereusement, et la pluie commence même à tomber de plus en plus fort. Je continue à rouler à vitesse bien plus réduite, les camions finissent, quant à eux, par se mettre sur la droite.

Je me dis que ce temps est tout de même bizarre. Nous sommes en juin, il faisait au moins vingt et un degrés quand je suis partie il y a à peine vingt minutes, la température a nettement chuté. J'ai comme l'impression qu'une tempête se prépare.

Je suis vite sortie de mes pensées, écrasant la pédale de frein, en hurlant à un inconnu, qui vient de me passer devant, à toute allure, manquant de percuter mon capot.

– Espèce de crétin, t'as eu ton permis dans une pochette surprise ?! Une voiture toute neuve en plus !

Heureusement, je suis bientôt arrivée. Encore un bon quart d'heure et je me retrouverai assise à notre table habituelle avec les filles.

Vingt minutes plus tard, sous l’eau et la tempête qui gronde un peu plus, j’arrive sur la place Saint-Michel, le Quartier latin par excellence. Il s'agit d'un endroit très apprécié par les jeunes, et les amoureux du savoir-faire. Il y a toujours beaucoup de personnes, les étudiants du monde y viennent pour les écoles d’art. Je tourne encore un moment dans le parking souterrain, avant de trouver une place. Ouf, enfin à destination et vivante. Je sors du parking et arrive directement sur la place, l'un des principaux points de rendez-vous des Parisiens.

En général, énormément de monde se retrouve à la fontaine de Francisque Duret. Une magnifique fontaine encadrée par deux énormes dragons cracheurs d'eau. Mais aujourd’hui, il n’y a presque personne, le sale temps n’aidant pas.

Derrière, on aperçoit la cathédrale ‘’Notre-Dame’’. Un lieu très touristique, tout le monde connaît plus ou moins ce bâtiment mythique. À ma droite se trouve un bout de la Seine, mais pour ma part, je prends à gauche et entre dans les petites rues commerçantes. On y trouve beaucoup de magasins de souvenirs, de restaurants et de boutiques en tous genres.

J'arrive au pub où l'on se retrouve avec les copines, c’est un peu notre QG. Ce chouette petit endroit se trouve en plein milieu du quartier. Il n'est pas très grand, mais il y a de l'ambiance ici.

Ce soir, quand j'arrive, je vois au loin Max le gros balaise de vigile, il est toujours au même endroit, à filtrer qui entre ou non.

Bien sûr, grande habituée des lieux, j'entre très vite.

La déco a encore changé, aujourd’hui, tout est rose fluo. Cela tape pas mal à l'œil. Le plafond est recouvert de draps pétants, des cordes passent dans tous les sens toujours dans cette teinte, le plus flagrant c'est l'éclairage. Les projecteurs lancent des nuances de rose allant du fluo au pâle.

Encore ce soir, il y a une grosse ambiance. Musique forte, les serveuses, debout sur le bar, servent les clients en dansant. Aujourd'hui, elles ont toutes du maquillage rose fluo et distribuent à tout le monde des bracelets de toutes les couleurs. Grosse soirée en vue.

J'entre un peu plus et vois Mélanie arriver à grands pas dans ma direction. Elle devait m'attendre de pied ferme.

Celle-ci est habillée d'un jeans blanc, ou rose fluo selon les jeux de lumière, et d'un petit haut marron qui lui va très bien. Ses cheveux bruns sont attachés en une queue de cheval haute qui laisse mieux voir ses beaux yeux verts.

- Mais où étais-tu passée ? Cela fait une demi-heure que je t'attends !

- J'étais bloquée sur la route, il faut dire que le temps est super bizarre. Tu n'es pas avec Cyrielle ?

- Non, je tiens la chandelle, elle est avec Matthieu.

- Ah, je vois. Allons-y.

En effet, Cyrielle est en grande conversation avec son petit ami.

- Elle a revêtu ses habits du dimanche, tu as vu !

Arrête, ne sois pas aussi méchante, Mélanie, lui dis-je en lui jetant un clin d'œil.

Mélanie avait eu le privilège que je lui donne un petit surnom, juste entre nous, « la vilaine », car elle a pour habitude de critiquer tout le monde et pour autant que je m’en souvienne, elle a toujours été ainsi, très franche, honnête, c'est une fille plutôt directe.

Cyrielle, quant à elle, n'a même pas remarqué que je suis arrivée. Il faut que j'aille lui tapoter l'épaule à deux reprises pour qu'elle me voie enfin.

- Ah, Almeda, tu es encore en retard ?!

- Oui, un peu, le temps s'est dégradé, je n'ai pas roulé comme je voulais. Mais je suis là.

- Oui, c'est le principal, tu as demandé un verre ? Assieds-toi là.

Je m’exécute avant de saluer son petit ami. Celui-ci me fixe, sans répondre, à croire que je dérange.

Je regarde Cyrielle en me disant que ce n'est pas du tout quelqu'un pour elle. Elle est jolie, fine, porte une très jolie robe noire classique. Elle était sûre de faire son petit effet. Ses cheveux sont bouclés et retombent dans son dos nu.

Pour ce qui est de son ‘‘prince charmant’’, il est carré, mais surtout habillé n'importe comment ! D'ailleurs, je me demande pourquoi on l'a laissé entrer ici dans une tenue pareille. Un vieux jogging gris pourri, que je ne porterais même pas pour faire du sport, et tee-shirt, qu'il aurait pu prendre à un SDF, avec une belle tache de gras sur un côté.

Même au niveau des caractères, ces deux-là ne se ressemblent pas. Elle est timide, mais toujours juste et droite. Lui est loin d’être quelqu’un de réservé, et niveau politesse, il faut croire que ce n'est tout simplement pas sa priorité.

Mélanie s'étale sur la banquette à côté de moi, me faisant sortir de mes pensées, certes un peu méchantes, mais tellement réalistes.

Je commande mon verre de jus de fruits pressés et commence à le siroter, en écoutant les bavardages de mes deux amies, jusqu'au moment où mon regard tombe sur un jeune homme.

Celui-ci ne doit pas être beaucoup plus âgé que moi, il me tape dans l’œil. Il est séduisant, plutôt grand, une chevelure blonde un peu ébouriffée et des yeux magnifiquement bleus. Il porte un jeans noir, ainsi qu’une chemise blanche qui change de coloris avec les projecteurs. Une veste de costard sur l'épaule.

Le rouge commence à me monter aux joues. Je reste là, à l'observer depuis notre table, écoutant à peine les conversations de mes deux amies, puis je remarque que Matthieu me fixe toujours. Je me sens réellement gênée. Je n'aime pas ce type qui a le don de me mettre mal à l’aise. Il est plus que désagréable.

- Tu veux ma photo ?

- Quoi ? Non, ça va aller ! Ce n’est pas comme si tu étais un canon comme fille.

À ce moment précis, son haleine forte voire écœurante vient se loger dans mes narines. Un haut-le-cœur me prend par surprise.

- Pourquoi tu l'agresses tout à coup ? me demande Cyrielle avec une petite pointe de colère.

- Quoi ? Trop fort, c'est moi qui l'agresse. Je te signale, Cyrielle, que ton copain n'arrête pas de me fixer ! C'est super désagréable.

Mon amie ne répond rien, en revanche, elle me lance un regard noir que je ne lui connaissais pas.

Mélanie me regarde avec un haussement d'épaules qui en dit long. Vers une heure du matin, je décide qu'il est temps pour moi de partir. Vu l'ambiance de la soirée, ce n'est pas bien grave. Et puis, je le vois, ce beau garçon aux yeux bleus. Je regarde Mélanie, puis je l’observe à nouveau, il a l'air de s'en aller.

- Tu ne veux pas aller manger un truc ? J'ai trop faim.

Mélanie a raison, cela ne me fera pas de mal, et mon estomac réclame depuis un moment.

- Avec plaisir, ma vilaine !

- Tu veux manger quoi ? Un sandwich ?

- Oui, pourquoi pas, ça changera des pizzas !

Nous allons à grands pas chercher à manger de l'autre côté de la rue, quand finalement nous voyons avec grand regret, ‘‘FERMÉ’’.

- Et zut ! On va chez moi ? me dit Mélanie.

- Oui, ce sera mieux, on sera au chaud comme ça, juste le temps d'aller chercher ma voiture.

- Et merde ! J'ai laissé ma vitre ouverte !

- On se rejoint chez toi, Mél, à tout de suite.

J'avais un petit sourire en pensant à sa vitre ouverte, comme d'habitude, Mélanie ne fait pas attention à ses affaires. Elle néglige beaucoup de choses, et je crois que cela devient de pire en pire.



2. Maudite machine



D’un pas rempli d’allégresse, je bifurque vers l’escalier. Il donne accès au parking où est garée ma voiture. En le dévalant, je souris intérieurement en repensant à mon amie. Quelle écervelée ! Comme il va être difficile de corriger un tel défaut, il est ancré depuis si longtemps… Cependant, il fait tout son charme. Peut-être juste espérer que la situation ne s’aggrave pas plus en rencontrant un tourtereau aussi étourdi qu’elle.

Arrivée en bas de la cage d’escalier, une odeur aigre et malodorante me prend à la gorge. Cela me rappelle les toilettes turques de la ville, une odeur âcre d’urine de chat associée avec celle d’une remontée d’égout… Instinctivement, je plaque le col de ma veste sur mon nez, espérant que les essences de vanille et de framboise fassent écran à cette nausée olfactive. Le plus pénible dans cette histoire, c’est qu’il va falloir affronter cet endroit pestilentiel le temps de payer mon ticket de parking en lâchant mon col parfumé… Courage, prendre une grande inspiration et go…

Contourner une flaque de « liquide non identifié », arriver devant ladite machine, chercher le ticket dans mon sac… Mince, où est ce satané bout de papier cartonné ? Toujours en apnée, la zone rouge commençant à clignoter dans mon corps, je m’énerve un peu plus et renverse une partie de mon sac sur le sol rempli d’immondices.

- Ah ! Je suis maudite ! m’exclamé-je tout en réprimant une envie de vomir, les relents nauséabonds revenant à l’attaque.

Puis, je repars en mode apnée : fourrer le tout dans le sac en évitant les mégots écrasés et les déchets de confiseries, puis me rappeler que le «Graal » se trouve dans la petite poche externe, l’enfourner avidement dans la machine, prier Dieu et ses saints pour que cette fabuleuse technologie se « bouge le popotin », ma limite de tolérance clignote… clignote… clignote… je craque…

- Pitié, dites-moi que je rêve ! Saleté de machine !

En mode panique du paiement de parking, je remplis à fond mes poumons d’air et bloque à nouveau ma respiration.

Ouvrir le porte-monnaie, se rendre compte que l’on n’a plus de monnaie parce qu’on a tout donné à un pauvre hère qui faisait pitié au vestiaire de la boîte, insérer sa carte bleue, se la faire refuser, car ce service est en panne, trouver un billet de 10 €, l’enfourner dans la fente, le voir ressortir, changer de sens, la zone rouge clignote… voir le billet de nouveau ressortir, le défroisser, le rechanger de sens… et craquer :

- Maudite machine! Tu vas passer un sale quart d’heure ! hurlé-je tout en lui donnant de violents coups de pied et en m’explosant le gros orteil qui n’a pas eu raison de sa carlingue.

Courage, il ne me reste plus qu’à continuer de criser intérieurement, le front en nage et les nerfs à vif. Se rendre compte qu’un vieil homme effrayé par mon comportement est en train de remonter, en catimini, les marches de l’escalier. Devenir aussi rouge qu’une pivoine et pousser un soupir de désespoir. Quand… Oh, miracle, cette vile, infâme, abjecte bestiole en métal accepte mon billet. Après avoir récupéré mon ticket de sortie, j’attends… toujours en apnée, ma monnaie. La zone rouge explose :

Nom de Dieu, tu vas me refiler ma monnaie ! juré-je, tout en lui assénant coups de sac à main.

Ayant perdu tout espoir de retrouver une once de dignité, j’achève un de mes talons sur cette boîte de conserve.

Gling, gling, glingggggggggg

Enfin, la monnaie apparaît. À la hâte, je l’enfourne dans la poche de ma veste, ramasse mon talon et me précipite, sans un regard en arrière, vers la porte donnant accès au parking. Le battant se referme et un souffle d’air saturé d’un mélange de gasoil et de pneus brûlés m’irrite la gorge. Il fait très sombre, car les néons sont soit en panne, soit en fin de vie. Seuls les panneaux lumineux de sortie de secours colorent en vert l’espace ambiant. Je cherche à lire les numéros de parking au-dessus des cases, malheureusement, ils sont tout en aussi mauvais état que le reste. J’en déchiffre un : 603.

- Oh non ! Il ne manquait plus que ça ! pesté-je.

Ma voix me revient en écho, avec une sensation de vide qui oppresse ma poitrine. Je suis garée au n° 688, c'est-à-dire à l’autre bout, et il va falloir que je le traverse pratiquement dans le noir. Il ne manquerait plus que je me casse la figure et le tableau sera complet ! Évidemment, si j’avais été un peu plus réfléchie, j’aurais pris le temps de reprendre l’escalier par lequel j’entre et sors d’habitude de ce parking. Résignée, j’avance en claudiquant, mon talon à la main et mon sac de l’autre. Puis, je bifurque afin de couper au travers. Au centre, le peu de lumière est assombri par les piliers soutenant la structure. Je passe, glisse, me faufile entre les voitures : 615… 629… 633… 647… 655…

FFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF

Dans un bond, je sursaute et fais demi-tour pour voir la chose qui vient de me frôler l’oreille.

Rien. Juste le grésillement d’un néon qui clignote d’une lumière laiteuse.

- Zut ! Voilà, maintenant que je « psychote », dis-je à voix haute en essayant vainement de me rassurer.

J’accélère le pas en me retournant de temps à autre. Une ombre surgit de derrière un poteau. Mon cœur fait un bond et je me plaque contre un des piliers. L’ombre ne bouge pas. J’avance. L’ombre reste figée. Je contourne sans bruit une voiture et trace une ligne droite en traversant à toute berzingue le couloir entre deux zones de parking.

FFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF

Tétanisée, je m’accroupis entre deux véhicules. Comme je n’entends plus rien, je me relève doucement. Rien. Me raisonnant, je décide qu’il est temps de devenir une « grande fille » et de stopper au vol mon imagination galopante en reprenant le cours de ma marche... 676…684…

Je soupire en arrivant presque à destination. Enfin ! Cette beauté fatale : une mini noire et ivoire à l’intérieur confortable, embaumant d’exotiques senteurs de noix de coco… J’accélère et repère ma terre d’asile, posant sur son capot mon sac afin d’y prendre les clés. Par chance, je suis garée face à un des néons vacillants du couloir. Plus je farfouille, plus je m’énerve, car aucun de mes gestes n’est réfléchi.

CLAC!

- Oh, non ! Pas le néon !

FFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF

Argh ! hurlé-je en envoyant valser mon sac en l’air.

Planquée contre la portière , j’entends les grésillements du néon reprendre du service et sa lumière blafarde illuminer les ténèbres. Je me relève.

- Argh !

Face à un petit pigeon marron qui trône sur mon capot, je porte la main à mon cœur, soulagée.

- Mon Dieu, mais que fais-tu là ? Tu sais que tu m’as fait une peur bleue, soupiré-je tout en avançant la main afin de l’attraper.

Mais à peine ai-je posé ma main dessus, qu’il s’envole en direction du néon.

CLAC !

- Oh ! Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter une soirée pareille !

L’écho de ma voix me revient avec celle d’une autre :

- Peut-être celui de ne pas m’avoir laissé vos coordonnées… dit une voix suave dans l’obscurité.

Terrorisée, clouée sur place, je sens un souffle soulever mes cheveux. Une décharge électrique explose dans mon corps, hérissant chacun de mes poils. Un bruit de grattement résonne devant moi. Ce bruit me fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre, me figeant encore plus de frayeur. Mon cœur fait des ratés, ma dernière heure est arrivée. Soudain, une lumière orangée éclaire un visage. Devant la flamme d’un briquet, je reconnais celui de l’inconnu du pub.

- Navré si je vous ai effrayée, mademoiselle, Léo Santoré pour vous servir, annonce-t-il aussi doucement que la brise d’un soir d’été s’inclinant devant moi, une main sur sa poitrine.

Encore sous le choc, je ne peux même plus articuler un mot. La flamme continue de danser dans ses yeux. Fascinée, j’entre dans un état semi-hypnotique.

J’ai trouvé vos clés à côté du pauvre appareil que vous avez presque fini d’achever, poursuit-il en joignant le geste à la parole en me les tendant.

Alors, dans une crise de panique, incrédule et honteuse devant cette révélation, je les lui prends les des mains. Puis, sans demander mon reste, je rentre à l’intérieur de ma mini.

Le bel homme tape au carreau. J’ouvre un peu la vitre, histoire d’entendre ce qu’il a à me dire.

- Vous n'auriez pas 1€ ? Je n'ai pas assez de monnaie pour le parking.

- Si, bien sûr. Mais vous n'avez pas de carte de crédit ?

- Si, mais comme par hasard, je l'ai oubliée chez moi.

- D'accord. De toute façon, je crois que cette fichue machine ne fonctionne pas.

Je cherche vite fait dans la poche de ma veste et lui donne l'euro demandé.

- Voilà. Autre chose ?

- Non, cela ira, madame. Qui dois-je remercier ?

- Almeda, et c’est mademoiselle. Merci pour les clés.

Je démarre et m’enfuis à toute vitesse manquant de le renverser et écrasant mon sac par la même occasion. Rouge de honte, je m’arrête et ramasse mon sac avant de filer dans l’allée.

J’arrive enfin chez Mélanie, je me gare dans la rue, juste en face de sa porte. Je sors, ferme la voiture à clé, envoie un texto rapide à mon amie, la porte claque et je m’engouffre à vive allure dans son immeuble.

- Tu t'es perdue ou quoi ?

- Un peu, j'ai pris une mauvaise route. Tu veux que je t'aide à faire à manger ?

- Non, salade lardons chèvre, ça t'ira ?

- Super ! J'ai trop faim.

Après avoir mangé, en évitant de faire du bruit, sous peine de se faire virer par son père, Mélanie est allée directement se coucher. Moi, comme toujours, je me vautre sur le canapé, et m’endors comme une masse.

Je me réveille avec une drôle d'impression, il est cinq heures du matin, le jour se lève tout doucement, et les lumières de la ville sont toujours allumées. Un bel oiseau est perché sur le rebord de la fenêtre du salon, mais ce n'est pas un spécimen que l'on a pour habitude de voir ici, c'est loin d'être un pigeon. Il est beau, on dirait comme une petite buse que l'on trouve près de chez moi. Comme de tout petits aigles. Ses yeux sont perçants, ils brillent à la lumière de la lune. J'attrape mon mobile pour le prendre en photo, mais trop tard.

En y repensant, il avait des yeux très clairs qui brillaient très fort. Sûrement la fatigue qui me joue des tours.

- Eh la belle aux bois dormants ! Debout !

- Quoi ? Il est quelle heure ?

- Onze heures, ma grosse feignasse, bien dormi ?

- Oui et toi ? Tu n'as pas été réveillée vers 5 heures ?

- Ben non, moi je dormais, pourquoi ? Tu as entendu quelque chose ?

- Non, je ne sais pas. J'ai dû rêver.

- OK, bon on fait quoi aujourd'hui ? Les magasins ?

- Parfait !

Après avoir avalé un petit déjeuner, avec un jus de fruits à la Mélanie, direction le métro pour aller jusqu'à la Défense au « centre commercial des 4 temps ». Nous traversons deux ou trois rues pour arriver au métro. Il n'y a pas beaucoup de monde sur le quai, ce qui nous permet de discuter tranquillement. La rame arrive au loin et diminue sa vitesse. Quelques personnes descendent, et nous montons à bord.

Il n'y a plus de place assise, alors nous restons debout vers le fond. Une femme est assise près de moi, elle a une odeur d'urine de chat sur elle, à en vomir. Je mets ma tête dans mes cheveux pour sentir la cannelle de mon shampoing le plus possible. Histoire de masquer l'odeur. Quelques changements de lignes plus tard, nous voici au centre commercial. Et en route pour le lèche-vitrine !

Je me promène avec une amie, je fais les magasins par une belle journée d'été. Que rêver de mieux ?

En me disant cela, je repense au beau blond. Comment déjà ? Léo, je crois. Ah quelle belle pensée !

- Tu m'écoutes là, Almeda ?

- Comment ?

- Tu ne m'écoutes pas ! J'en étais sûre, tu es vachement distraite depuis hier. Je disais que je ne serais pas là vendredi qui vient, donc soit tu viens à Paris et tu restes avec miss parfaite et son copain pourri, soit tu restes chez toi.

- Oh… je pense que je ne vais pas venir dans ce cas. Je n'aime pas beaucoup ce Matthieu. Pour une fois qu'elle sort avec quelqu'un, il faut que ce soit avec un crétin fini. Elle mérite mieux. Si ça se trouve, c'est un dégénéré.

- Oui, peut-être, enfin, c'est sûrement son genre. Et puis moi, je suis vache, mais je ne l'aime pas tout court !

- Sans blague Mél… ?

Nous passons la journée à parler tout en regardant les vitrines. Mais la virée shopping touchant à sa fin, il fallait penser à rentrer. Donc j’embrasse mon amie et repars.

La route est bien meilleure aujourd'hui et je peux m'autoriser à rouler plus vite.

Arrivée à la maison, je m’installe et me mets devant la télévision pour regarder une débilité qui y passe.


3. Mystérieuse voiture



Une semaine s’est écoulée sans que je ne m'en rende compte. Le temps passe vite tout de même. Ça y est, je suis en week-end, mais je ne vais pas voir les filles aujourd'hui, puisque Mélanie n'est pas là, et je n'ai aucune envie de tomber sur Matthieu, Cyrielle est plus qu'adorable, mais là pour moi, c'est totalement impossible.

Je décide d'aller chercher une pizza au food-truck, et de passer la soirée devant un bon film.

Samedi matin, après une bonne grasse matinée, je décide de partir en balade avec Ulina. Quel plaisir de monter une jument aussi fougueuse ! Mais comme je l'ai négligée cette semaine, elle ne s’est pas fait prier pour me faire voltiger une fois ou deux, histoire de me rappeler combien elle déteste que je la délaisse.

Presque arrivée à la maison, le vent se remet à souffler violemment, Ulina commence à s’énerver, elle déteste le vent. Il ne nous reste plus qu’une centaine de mètres à parcourir, on enclenche un bon galop, le genre de galopade qui donne des larmes aux yeux, tellement la course est rapide. Avec le vent, on pleure à coup sûr. Nous rentrons en un seul morceau.

Arrivée au pré, je décide de la mettre directement au box. Elle y va même au petit trot, quelle impatiente ! Je passe encore un moment auprès d'elle pour la bouchonner. L'orage éclate. Je laisse ma jument à l’abri, occupée à manger son foin. Pour ma part, je peine à rentrer jusqu'à la maison. Le vent souffle d'une force colossale et les éclairs me font presque peur. Je traverse deux hectares de pré, quand tout à coup, un violent craquement résonne, la terre se met à trembler avec un bruit sourd. Le saule pleureur vient s'écraser juste devant moi. Super… il ne manquait plus que cela ! Des tas de branches cassées volent au vent, tandis que le bel arbre gît au sol dans toute sa longueur, me laissant tremblante.

La peur me vient, je sens l’angoisse m'envahir à mesure que j'avance. Je n'ai plus que la rue à enjamber quand j’aperçois… une grosse berline allemande. Mais qu'est-ce qu'une voiture pareille vient faire dans cette cambrousse ?! Maintenant, je suis intriguée, la peur a totalement disparu pour laisser place à ma curiosité.

Le super bolide s'arrête près de moi, la vitre teintée arrière descend, je ne vois pas le visage de la personne, mais une enveloppe m'est tendue, je la prends, la vitre se ferme et le véhicule disparaît sous l'orage qui grogne un peu plus.

Je rentre vite évitant les grosses flaques d'eau.

Arrivée à la maison, enfin, je jette l'enveloppe sur le bar et file prendre une douche bien chaude.

Le week-end est terminé et je retourne à la fac, heureusement le temps s'est stabilisé, j'arrive dans l’amphi où se déroule mon cours, entre et me glisse derrière une table libre. J’écoute à peine le cours de Mlle Arcolt nous parlant de travaux à faire. Je suis distraite, pensant au courrier que je n’ai pas ouvert. À cette enveloppe, à cette mystérieuse voiture de luxe qui n'avait sûrement rien à faire dans un tel décor.

Je finis tard ce soir, donc en rentrant, je vais directement à la salle de bain.

Emmitouflée dans mon peignoir, j'observe l'enveloppe, et un détail auquel je n'avais pas prêté attention me vient. Sur l'enveloppe est écrit, à la main, Almeda.

L'encre est d'un très beau bleu, un peu pâle. Une écriture fine et minutieuse. J’hésite un bon moment avant de l'ouvrir, et si elle était piégée ?

Après tout, je ne sais même pas de qui elle vient. En pensant à cela, je retourne l'enveloppe suspecte pour regarder s'il n'y a pas le nom de l'expéditeur au dos de celle-ci.

Rien… Évidemment, ce n'est pas La Poste qui l'a apportée jusqu'ici, alors pourquoi mettre son nom ? Encore moins une adresse.

J'appelle Mélanie pour savoir ce qu'elle ferait à ma place.

Bip, bip, bip, bip...

- Oui ?

- Mélou ?

- Oui que veux-tu Almeda ?!

- Ça ne va pas ?

- Non, écoute, je ne suis pas vraiment pas disponible là, j'ai quelques problèmes avec le propriétaire de mon père, on se recontacte, bye

Et elle raccroche net. Je pense automatiquement à Cyrielle, et puis non, on ne sait jamais, depuis qu'elle est avec ce mec, elle n'est plus la même, en plus il a des oreilles partout ce gars-là. Bouuu, j’en frissonne.

En gros, si je comprends bien, je suis seule avec cette chose.

Une heure plus tard, après m’être occupée par tous les moyens pour éviter d'avoir à ouvrir cette enveloppe, je réalise que je n'ai plus rien à faire. J’espère juste qu'elle n'est pas piégée, et si elle explosait ? Si une poudre toxique en sortait ? Je prends mon courage à deux mains, arrête de psychoter pour rien et l'ouvre enfin. J'en sors un petit carton couleur crème. Dessus y est inscrit :

Almeda,

Je vous prie de bien vouloir accepter cette invitation au bal que je donne. Vous recevrez un colis de ma part dans la semaine.

Rendez-vous : Au manoir de Chartres, Celui qui borde Le Loir.

Ce vendredi à 19h30. LS.

Je remets le joli carton dans son enveloppe, et réfléchis où se trouve ce manoir, je connais pourtant bien Chartres, mais ne me rappelle pas avoir vu ce genre de demeures là-bas. Oh, puis, je ne vois pas pourquoi je me casse la tête à trouver cela, il est bien sûr impensable que j'aille à ce « bal ». D'autant que je ne sais même pas qui m'invite. LS, je réfléchis à qui cela peut être, sans trouver de réponse. Et qui organise encore des bals à notre époque ?

Je jette l'enveloppe avec son invitation inconnue dans un coin et vais me coucher.

Je dors très mal cette nuit-là. Sûrement à cause de toutes les bizarreries qui m'arrivent depuis quelques jours. Le temps s’est encore dégradé. Il pleut averse. Le ciel est d’un noir d’encre, il semble menaçant, ce qui ne me rassure pas.

J’aperçois le véhicule allemand garé au loin. De peur, je rentre immédiatement dans la maison. Si ça se trouve, ils veulent me kidnapper pour une rançon.

Après quelques minutes qui me paraissent éternellement longues, je monte à l'étage voir si elle est toujours au bout de la rue. Plus rien. Dehors, par contre, la pluie tombe de plus en plus fort.

Soulagée de ne plus voir le gros véhicule, je descends tranquillement, attrape les affaires que j'avais jetées par réflexe, ouvre la porte d'entrée et pousse un hurlement de terreur. La berline est maintenant garée devant mon portail. J’ai peur. Je panique.

La vitre arrière se baisse, une enveloppe m’est tendue.

Mon angoisse augmente un peu plus. Je prends ce qui m'est tendu et recule comme si quelque chose allait m’exploser à la figure. Une voix d'homme s’élève du véhicule.

- N’ayez pas peur, mademoiselle. Voici un colis pour vous de la part de monsieur mon maître.

Je recule encore un peu, et me retrouve collée contre le mur. La portière s'ouvre, l'homme pose le colis au sol. Je ne vois pas son visage, mais celui-ci a l’air plutôt fin. Il porte une casquette de chauffeur. Il repart vers celle-ci, la portière et la vitre se ferment, le véhicule démarre et repart. Je me demande si je ne deviens pas folle.

Je reprends mes esprits, je me retrouve assise le long du mur. Je ne sais combien de temps je suis restée là, telle une potiche contre la maison. Je suis dégoulinante, mes cheveux ne ressemblent certainement plus à rien, je regarde ma montre…

- Et merde ! Je suis en retard !

Je prends ce colis, je le pose à l'arrière de ma voiture et saute dedans, démarre, direction la fac, et vite, si je ne veux pas me faire tuer par madame Gourge, la surveillante. Sur le trajet vers la fac, je me souviens de ne pas avoir fermé la maison à clé. Et si quelqu'un en profitait pour entrer ? Quelle bêtise j'ai faite ?! Ce n'était pas une question, je sais que je devrais retourner la fermer. Tant pis, pas le temps. Je croise les doigts pour qu'il n'arrive rien. La pluie, quant à elle, se calme rapidement.

Arrivée là-bas, une chance de voir que la surveillante n'est pas dans son bureau, et que je vais pour une fois échapper à ses gros yeux noirs mécontents. J’en profite pour mettre ma veste à sécher près du gros radiateur.

La journée se finit sans encombre. Je m’apprête à monter dans la voiture quand je repense au fameux colis qui est toujours là.

Personne ne peut m’obliger à l'ouvrir ce machin...

Arrivée à la maison, il faut bien avouer que ma curiosité prend le dessus. Mais je me souviens vite que la maison n'est pas fermée à clé et ouvre tout doucement la porte, comme si je m'attendais à voir quelqu'un ou bien à voir mon domicile complètement saccagé. Rien. Tout paraît normal. La tension redescend un peu. Alors je pose toutes mes affaires et le colis, allume un feu, je prends l'enveloppe et l'ouvre. Je découvre un premier carton.

On ne triche pas ! Ouvrez d'abord le colis.

- Pfff je n’ai même pas le droit de faire ce que je veux ! Je rêve.

J'ouvre le carton, un deuxième carton d'invitation identique au premier reçu hier.

- Comme si je n'avais pas compris.

Je le jette directement au feu. J'ouvre le carton, puis le deuxième emballage.

- Bah ça va je ne vais pas le casser ton truc à la noix.

Une robe absolument somptueuse. Noire et argentée. Une merveille. J'en reste bouche bée, oubliant presque le troisième carton encore dans l'enveloppe. Je le prends, et y vois toujours la même écriture bleu pâle et fine.

J'aimerais vous voir la porter. Amicalement, LS.

Même si je n'y vais pas, qu’elle est magnifique ! Je cours à la salle de bain pour la présenter sur mon mannequin. C’est un buste de couturier que ma mère m’a offert il y a longtemps. Je l’installe dessus et en la regardant je rougis presque.

On dirait une vraie robe de princesse. Celle-ci est sans bretelles, ce qui la rend encore plus belle. Je commence par l'arrière , c'est un corsage tout en lacets, les rubans sont argentés, fins, et semblent fragiles. Dans le bas du dos, un gros nœud noir avec deux longs rubans de tissu. Dessus, il y a de petits diamants, sont-ils véritables ? Non, je ne le pense pas.

Le même nœud tombe à l’avant, au niveau du bassin, sur le côté gauche. Le reste est très large, bouffant, et retombe au sol sur un mètre tout autour. De-ci, de-là, on voit de très beaux reflets argentés. C’est de la haute couture, à n’en pas douter.

Les robes de mariées ne valent pas celle-ci. Certes, la couleur est noire, mais c'est une merveille sans nom.

Une paire de gants noirs et fins l’accompagne. Ils sont totalement en accord avec , car au niveau du poignet, un fin trait argenté les entoure.

Au fond de la boîte, j'en trouve une autre, plus petite, tout en longueur. Je l'ouvre, et y découvre un collier de diamants. Et deux petites boucles d'oreilles identiques au collier. Elles sont longues et scintillantes.

Incrédule, j’appelle Cyrielle et Mélanie. Je leur parle de cette robe qui vient d’arriver, sans parler des cartes d’invitation. Mélanie se moque de moi, riant et surtout ne croyant pas un mot de ce que je lui raconte. Cyrielle propose de passer vendredi en fin d’après-midi, pour vérifier cela de ses propres yeux, ne voulant pas me juger trop vite. Mélanie me souffle une petite phrase avant de raccrocher.

- Achète-la vite, mais ne vide pas tout ton compte en banque pour nous impressionner.



Et voilà, vous avez découvert mes trois premiers chapitres. J'espère que vous aurez aimé.

Elodie.

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